Je me présente, François, 30 ans, chef d’entreprise depuis 6 ans environ. En 2003, j’ai décidé de monter mon entreprise dans le domaine de l’informatique. L’activité principale étant clairement le dépannage informatique à domicile. En 2004, les besoins se faisant sentir, j’ai décidé d’ouvrir un petit atelier pour que les particuliers puissent me déposer leur matériel en panne. J’en ai également profité pour proposer de la vente de matériel informatique à mes clients. Mais qui dit matériel informatique dit besoin de trésorerie plus important que pour de la prestation de service. Je m’en suis sorti un temps avec ce que le dépannage me faisait gagner, mais mon entreprise ayant subit une croissance plutôt importante (+300% de CA en 1 an), j’avais besoin de trésorerie. Le réflexe le plus naturel, mais pas forcément le plus sain, est de voir sa banque pour demander de l’aide. C’est ce que j’ai fait en 2005.
La responsable des professionnels de la banque me propose alors de faire un emprunt pour pouvoir financer ce développement. En attendant que le dossier avance, elle m’autorise à dépasser mon découvert. Bien entendu ce dépassement de découvert ne me coûte pratiquement rien, seulement 18% d’aggios (gloups). N’ayant pas la connaissance des droits et des devoirs d’une banque, je me dis, pourquoi pas, de toute façon mon entreprise est en croissance et j’ai besoin d’aide !
Seulement en 2006, toujours aucune proposition d’emprunt de m’est parvenu de la part de ma banque. Malgré de nombreuses relances de ma part, rien. On me répète souvent que le dossier est en cours, que cela ne va pas tarder etc. Je ne sais plus trop quoi faire pour faire avancer le dossier, mais je dois continuer mon activité car j’ai maintenant des dettes à payer, il faut donc absolument que je relève la tête. Je me mets donc à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour trouver toujours plus de boulot. Mais malgré ça, les dettes m’enfoncent toujours de plus en plus…
Finalement en Octobre 2006, la banque me dit qu’il faudrait que je mette les dettes sur un plan d’apurement pour pouvoir m’en sortir. Ce plan d’apurement n’étant qu’à 14% d’intérêts… Ca fait quand même 4% de moins à payer !! Quel cadeau incroyable ! Mais attendez, si j’avais fait un emprunt, il ne m’aurait pas coûter quelquechose comme 4% d’intérêts seulement ? Je pose la question à ma banquière qui me dit que ce n’est pas évident de me faire un emprunt puisque je n’ai pas la capacité de le rembourser… Heu… Attendez là… Si je n’ai pas la capacité de rembourser un emprunt à 4%, comment je fais pour les 14% ? Le problème avec ce genre de questions existentielles, c’est que l’on ne se les posent qu’une fois qu’on a plus la tête dans le guidon et bien souvent beaucoup trop tard. J’accepte donc le plan d’apurement pour sauver mon entreprise. Peut-on se dire que cette signature est à la limite une extorsion de signature ? Je ne sais pas, s’il y a un juriste dans la salle…
En 2007, je commence à m’énerver sérieusement contre la banque puisque le dossier qui devait avancer depuis 2005 n’avance toujours pas. Là, je sors une arme assez redoutable pour ma banque, le président des administrateurs. Cette personne ne fait pas partie de la banque en elle même mais peut agir quand il y a un souci. Ce président contacte son homologue de mon département pour lui parler de l’affaire… Scandalisé, il prend contact avec ma banque pour demander des explications. La banque traîne des pieds et finalement après avoir fait entre autre un sitting dans ma banque en pleine journée, plus un bon scandale, j’arrive à prendre un rendez vous avec le responsable des risques… C’est donc le 4 Juillet 2007 que je rencontre cet homme aussi chaleureux qu’une plaque de marbre dans un cimetière. La réunion en compagnie de mon expert comptable commence à peine que j’entends de la part de la plaque de marbre : «Vous savez Mr, toutes les entreprises de votre secteur d’activité se cassent la figure, je ne vois pas pourquoi vous pourriez vous en sortir…» Ca a le mérite de mettre tout de suite dans l’ambiance ! Le reste de la réunion n’a été que délire de la part de ce soit disant responsable qui n’a pas souhaité regarder les contrats signés, les contrats en cours, les prévisions pour cette année qui démontraient que quoiqu’il en pense, nous allions faire un bilan positif cette année malgré nos dettes. La conclusion de la réunion a été une proposition orale (toujours orale, rien d’écrit avec un banquier) : Mettre l’ensemble de la dette de côté et voir comment vous vous en sortez, mais il va falloir que vous licenciez du personnel…
J’ai donc été obligé de licencier du personnel malgré des gros contrats signés, et de par le fait, arrêter ces contrats puisque je n’avais plus la main d’oeuvre nécessaire. La banque me refusant toute dépassement de découvert, mes fournisseurs ont tous été rembarré lorsqu’ils ont demandé le paiement de leur facture par ma banque… Le début de la descente aux enfers commence…